Le crabe fantôme

Vous avez forcément déjà repéré ces nombreux trous circulaires qui constellent les plages à marée basse. Mais êtes-vous déjà parvenu à voir qui les creuse ?

 

Ces orifices sont ceux des terriers des « crabes-fantômes », qui doivent leur nom à plusieurs caractéristiques qui les rendent souvent difficiles à observer. Tout d’abord, leur couleur imite parfaitement le sable de la plage où ils habitent – ils varient donc du blanc au gris sombre. Ensuite, ils sont extrêmement rapides, se déplaçant à plus de 2m/seconde et disparaissent donc en un éclair à votre approche. Enfin, leur petite taille les rend aussi difficile à apercevoir puisqu’ils mesurent à peine quelques centimètres, même si les plus gros individus atteignent jusqu’à 8 centimètres de largeur de carapace (soit environ la taille d’une main). On peut les reconnaître à leurs yeux pédonculés, c’est-à-dire qu’ils sont perchés au bout de tiges, ce qui leur permet de surveiller les alentours tout en demeurant bien dissimulés dans leur terrier, à la manière d’un périscope. Comme souvent, une pince est plus grosse que l’autre.

 

         Il existe au moins quatre espèces de crabes-fantômes à Mayotte, qui appartiennent tous au genre Ocypode, mais elles sont très difficiles à distinguer visuellement. La plus courante est le « Crabe-fantôme aux yeux cornus » (Ocypode ceratophthalmus), qui se reconnaît au fait que les adultes ont les yeux prolongés par des extensions brunes qui les font paraître encore plus longs

Ce genre appartient au groupe des crabes amphibies, capables de survivre hors de l’eau, qui contient aussi les crabes violonistes et les crabes de mangrove, et qui ont notamment en commun ces longs yeux érigés, panoramiques et rétractiles.

 

Ces crabes, qui se nourrissent de ce que la mer amène sur la plage (la mer, ou les voulés…), sont d’infatigables travailleurs : ils doivent recreuser leur terrier à chaque marée. Dans ce processus, ils forment de petites boules de sable agglutiné grâce à une sorte de bave, qu’ils expulsent d’un geste sec hors du trou, formant un petit monticule pyramidal face au terrier. La taille de ce monticule et son éloignement du terrier semblent renseigner les femelles sur la vigueur du mâle, et constituent donc un important paramètre de séduction – un peu comme les bangas mahorais d’antan ! Car c’est évidemment dans le terrier le plus beau et le mieux tenu que les femelles iront trouver l’amour. Les mâles se battent aussi parfois entre eux pour impressionner les femelles, et il arrive même que les plus gros tuent et dévorent les plus petits… Mais les conflits peuvent aussi être réglés à l’amiable, car ce crabe est capable d’émettre des sons par stridulation pour intimider l’adversaire, technique assez rare chez les crabes car réservée aux espèces terrestres.

 

Cela en décevra peut-être certains, mais ce crabe ne se mange pas : il est trop petit, et son régime alimentaire l’expose à de nombreux contaminants.

 

Article et photo : Frédéric DUCARME enseignant chercheur au MNHN


Terebralia palustris

Photo 1 : Spécimen de Terebralia palustris sur la vase Photo 2 : Des dizaines d'individus de Terebralia palustris agglutinés sous un palétuvier (Avicennia marina) - Rémi BROSSE

 

 

 

Qui est Terebralia palustris ?

Terebralia palustris (Linnaeus, 1767) est un mollusque gastéropode appartenant à la famille des Potamididae. Il est possible de le trouver dans les mangroves de Mayotte et plus largement dans les mangroves de l’Indo-Pacifique allant de l’Afrique du Sud à l’Australie en passant par les côtes de l’Asie du Sud. Il mesure une dizaine de centimètres en moyenne et peut mesurer jusqu’à 19 cm et peser une centaine de grammes. Cela fait de lui le plus large gastéropode des mangroves. Sa coquille est brune à bleuâtre foncé, allongée, épaisse et solide (Fig. 1). Elle peut être composée d’une vingtaine de faces plates (= spires) formant une tourelle (Houbrick, 1991). Aucun nom vernaculaire n’existe en français pour ce gastéropode. Néanmoins, en anglais il est surnommé « the giant mangrove whelk » que l’on pourrait traduire par le buccin/bulot géant des mangroves.

 

Où le trouve-t-on en mangrove ?

Ce gastéropode vit directement sur la vase sur les hauteurs de l’estran*. Ce sont des zones de mangrove interne et d’arrière-mangrove recouvertes plus rarement par les marées. Ses préférences de conditions environnementales restent encore plutôt méconnues (Brosse, 2019). Il semble néanmoins préférer les milieux ombragés, il est retrouvé bien souvent sous la canopée agglutiné par dizaines aux pieds des palétuviers (Fig. 2).

* : estran = zone de balancement des marées

 

De quoi se nourrit-il ?

Ses préférences alimentaires vont varier selon le stade de vie de l’animal. En effet, au stade juvénile, cette espèce va se nourrir de microalgues benthiques de façon sélective sur le sédiment (Pape et al., 2008), de débris/détritus de feuilles, de bactéries, et de particules sédimentaires (Macnae & Kalk, 1962). A l’âge adulte, avec le développement de sa radula*, il va pouvoir dégrader et fractionner de gros éléments tels que de la matière végétale tombée sur le sol. Il va ainsi se nourrir de feuilles de palétuviers, de propagules ou encore de fruits.

* Radula : râpe que l’on peut assimiler à une langue recouverte de lames chitineuses située dans la cavité buccale de certains mollusques comme les gastéropodes

 

En quoi cela fait de lui une espèce remarquable pour l’écosystème ?

Les feuilles de palétuviers sont une source de nourriture abondante en mangrove et pourtant très peu privilégiée. Grace à sa radula acérée, Terebralia palustris peut se nourrir de ces feuilles de palétuviers et agit ainsi comme un recycleur de la matière. Il fait le lien entre les maillons de base (producteurs primaires : les palétuviers) et les niveaux supérieurs de la chaine alimentaire des mangroves (Fratini et al., 2004). De plus, lors de leurs déplacements, de leurs recherches de nourriture et de leurs agrégations autour d’une feuille, les individus de Terebralia palustris forment de longues traces et déstabilisent le sédiment (Carlén & Olafsson, 2002). Terebralia palustris joue donc également un rôle dans le réarrangement de la surface du sédiment. Il s’agit d’une action importante de bioturbation* pour l’écosystème, qui contribue aux échanges de matière minérale et organique entre l’air, l’eau et le sol.

 

 

*Bioturbation : transfert d'éléments nutritifs ou chimiques dû à l'activité d'un organisme au sein d'un compartiment d'un écosystème.

Comment se reproduit-il ?

Terebralia palustris est un gastéropode ayant un cycle larvaire pélagique, c’est-à-dire de nage libre dans la masse d’eau (Rao, 1938). Les œufs sont déposés par des individus reproducteurs en position verticale sur les racines de palétuviers et pneumatophores. Ils se fixent à l’aide d’une substance gélatineuse. Les larves sont ensuite libérées dans la colonne d’eau et sont donc contraintes par les courants et autres phénomènes physiques dus aux marées (Rao, 1938). Ce n’est qu’à la fin de la phase de développement larvaire que les individus se métamorphosent en juvéniles près à rejoindre son environnement propice au sein de la mangrove au gré de la marée.

 

Existe-t-il des menaces pour cet organisme ?

Cette espèce ne fait pas partie des listes rouges nationales et son état de conservation n’est à l’heure actuelle pas ou peu évaluée. Un travail de recensement et d’évaluation de son état reste donc nécessaire pour statuer sur ce point.

 

Est-il soumis à de la prédation ?

Terebralia palustris est relativement grand et solide, il subit ainsi que très peu de prédation naturellement. Peu de prédateurs peuvent briser la coquille de ce gastéropode, les oiseaux type héron pourraient le faire en brisant les coquilles contre des rochers ainsi que le crabe de mangrove, Scylla serrata avec leurs pinces (Houbrick, 1991).

 

Quel est son apport pour les populations vivant près des mangroves ?

Dans certaines parties du monde, y compris sur la côte est africaine, Terebralia palustris est un met de consommation humaine (Houbrick, 1991). Cette espèce est une source de protéines accessible pour les populations vivant proche des mangroves. Il peut également être utilisé comme appât par exemple dans la pêche au crabe de mangroves. Les coquilles peuvent aussi être utilisées dans la production de chaux comme à Madagascar où de nombreux fours à chaux sont observables sur les littoraux (Scales et al., 2017). A Mayotte, ces usages restent flous malgré l'observation sur le terrain d'amas coquillier mettant en évidence l'utilisation de Terebralia palustris. L’évaluation des usages passés et présents à Mayotte (afin de les identifier par rapport à d’autres territoires et d’évaluer leur intensité spatiale et temporelle) est en cours actuellement, et permettra d’apprécier dans quelle mesure cette utilisation est durable ou non.

 

 

Auteur : BROSSE Rémi, Doctorant en biologie et écologie marine. CUFR de Mayotte et Laboratoire des Sciences des Environnements Marins de Brest.

 

 

 

 


 

 

Bibliographie :

Brosse, R., 2019. Etude des facteurs explicatifs de la distribution des invertébrés épiphytes et épigés des mangroves de Mayotte. CUFR de Mayotte.

Carlén, A., Olafsson, E., 2002. The effects of the gastropod Terebralia palustris on infaunal communities in a tropical tidal mud-flat in East Africa. Wetlands Ecology and Management 10, 303–311.

Fratini, S., Vigiani, V., Vannini, M., Cannicci, S., 2004. Terebralia palustris (Gastropoda; Potamididae) in a Kenyan mangal: Size structure, distribution and impact on the consumption of leaf litter. Marine Biology 144, 1173–1182.

Houbrick, R.S., 1991. Systematic review and functional morphology of the mangrove snails Terebralia and Telescopium (Potamididae; Prosobranchia). Malacologia 33, 289–338.

Macnae, W., Kalk, M., 1962. The Ecology of the Mangrove Swamps at Inhaca Island, Mozambique. Journal of Ecology 50, 19–34.

Pape, E., Muthumbi, A., Kamanu, C.P., Vanreusel, A., 2008. Size-dependent distribution and feeding habits of Terebralia palustris in mangrove habitats of Gazi Bay, Kenya. Estuarine, Coastal and Shelf Science 76, 797–808.

Rao, H.S., 1938. Observations on the growth and habits of the gastropod mollusc, Pyrazas palustris (Linne) in Andamans. Rec. Indian Mus. 40, 193–206.

 

Scales, I., Friess, D.A., Glass, L., Ravaoarinorotsihoarana, L., 2017. Rural livelihoods and mangrove degradation in south-west Madagascar: lime production as an emerging threat.


Le renard volant de Mayotte

 Photos : A gauche : IBOUROI Mohamed-Thani à droite Adrien LEUZAD  

 

 Biologie de l’espèce

Classé parmi les espèces emblématiques de l’île, le renard volant (la roussette) de Mayotte (Pteropus seychellensis comorensis) est une espèce de chauve-souris géante appartenant au groupe des Mégachiroptères. Elle est classée parmi les renards volants de grande taille au monde avec une envergure allant jusqu’à 1,2 m et une masse moyenne variant entre 400 et 600 g. Le renard volant de Mayotte présente une répartition géographique large et peut nicher dans différents types d’habitats, notamment dans des zones agricoles, dans des zones habitées, dans des forêts fortement anthropisées et fragmentées mais aussi dans des forêts naturelles de haute altitude de Mayotte. Cette espèce est aussi distribuée dans les trois îles de l’Union des Comores ainsi que dans l’île Mafia en Tanzanie. Dans l’île Mafia, l’espèce a été certainement introduite par l’Homme.

 

Il s’agit d’une espèce crépusculaire très active pendant la nuit. Pendant le jour, les individus se reposent dans des dortoirs (grands arbres) formant des colonies pouvant atteindre 600 individus (Ibouroi et al. 2018a). Cependant, les individus de cette espèce peuvent également être observés en train de voler quelques heures (deux à trois heures) avant le coucher du soleil.

 

La roussette de Mayotte est caractérisée par un régime alimentaire à base de fruits dont les plus communs sont les fruits de papayers (Carica papaya, Caricaceae), de manguiers (Mangifera indica, Anacardiaceae), de letchis (Litchi chinensis, Sapindaceae), de tamariniers (Tamarindus indica, Fabaceae), de jacquiers (Artocarpus heterophyllus, Moraceae), de badamiers (Terminalia catappa, Combretaceae), de bananiers (Musa sp., Musaceae), de kapokiers (Ceiba pentandra, Malvaceae) etc. Elles se nourrissent donc de plantes majoritairement cultivées par l’homme (espèces de plantes introduites à Mayotte et aux Comores, Trewhella et al. 2001). Ce régime alimentaire est complété par des pollens et de la sève.

 

Dans la nature, les individus de la roussette de Mayotte se reproduisent une fois par an. Les accouplements ont lieu généralement entre le mois d’avril et le mois de juin selon Trewhella et al. (1995). Après une période de gestation de 150 jours, les naissances ont lieu généralement entre septembre et novembre. Les femelles donnent naissance à un jeune par an. Les individus arrivent à maturité sexuelle généralement entre un an et demi et deux ans toujours selon Trewhella et al. (1995). Pour cette espèce, peu d’informations sur les tendances démographiques de sa population sont connues; on ne connait ni le taux de natalité, ni le taux de mortalité et ni même l’espérance de vie de l’espèce dans la nature. La taille des populations de l’espèce est estimée à quelques dizaines de milliers d’individus dans la nature selon Ibouroi et al. (2018a). Le renard volant de Mayotte est classé en statut de « préoccupation mineure » dans la liste rouge de l’Union International pour la Conservation de Nature (UICN).  


 Service écosystémique et menaces sur l’espèce

Le renard volant de Mayotte joue un rôle crucial dans la pollinisation des plantes et dans la dispersion des graines et, est donc d'une importance capitale pour la régénération des écosystèmes naturels de Mayotte. Grace à ses mouvements de longue distance entre ses gites (dortoirs) et ses sites d’alimentation (Norberg et al. 2000), mais aussi grâce à sa masse corporelle importante (600 g), lui permettant de pouvoir transporter des graines de grandes tailles, l’espèce renforce la connectivité entre les fragments forestiers. Elle permet donc le maintien de flux de gênes et donc de la diversité génétique des espèces de faune et de flore les plus vulnérables et menacées par la perte d’habitats naturels dans l’île.


 

Le renard volant de Mayotte peut être donc considéré comme une espèce « parapluie » pour la biodiversité de Mayotte. Malgré son importance dans le service écosystémique, le renard volant de Mayotte est soumis à de fortes pressions anthropiques telles que la destruction de ses dortoirs, la perte et la fragmentation de ses habitats mais aussi à une forte pression de chasse (Ibouroi et al. 2021). L’espèce fait face à l'un des taux de perte d'habitats naturels les plus élevés au monde (Ibouroi et al. 2018a). Malgré sa distribution géographique large et sa taille des population élevée, sa diversité génétique est très faible selon Ibouroi et al. (2018b). Cette diversité génétique faible rend l’espèce très sensible aux perturbations des habitats à travers des mécanismes de consanguinités, de dérive génétique ou d’effet Allee. Etant un taxon relativement longévif, le renard volant de Mayotte présente aussi une dynamique de population lente avec une faible capacité de récupération après perturbation, ce qui amplifie encore plus sa vulnérabilité face aux perturbations d’habitats.

 

Stratégies de conservation

Bien que des stratégies de conservation pour cette espèce de Mayotte soient évoquées depuis plusieurs années par les institutions de conservation, ces initiatives restent en général cantonnées à des documents administratifs et ne déclenchent aucune action concrète sur le terrain. Le manque de politique de conservation pour l’espèce est probablement lié à un manque d’études scientifiques publiées en comparaison avec ce qui est mené par exemple à la Réunion pour son congénère, la roussette noire des Mascareignes (Pteropus niger). Ce manque de stratégie concrète de conservation pour l’espèce est peut-être aussi lié à sa distribution géographique large (ce qui a conduit l’UICN à classer l’espèce en statut de « préoccupation mineure »). Cependant, sa distribution dans des zones hautement anthropisées apparaît comme un facteur de risque majeur pour l’espèce. En effet, les menaces liées aux coupes d’arbres abritant ses dortoirs s’ajoutent à une pression de chasse sur l’espèce probablement non-négligeable. La bonne adaptation aux habitats anthropisés qui apparaît initialement comme un atout pour cette espèce, la rend de ce fait très dépendante des évolutions des activités humaines. En effet, les habitats que cette espèce occupe, peuvent changer très rapidement en fonction des contraintes socio-économiques subies par la population humaine rurale (changement de pratiques agricoles, besoin en bois…) et avoir des conséquences rapidement dramatiques pour cette espèce (Ibouroi et al. 2018b). Enfin, sa diversité génétique faible, évaluée par Ibouroi et al. (2018b), implique que l’espèce pourrait avoir un potentiel adaptatif faible et les destructions et changements de son habitat pourraient entrainer des chutes brusques de ses populations voire même l’extinction de l’espèce vu sa faible capacité de récupération après perturbations. Des informations sur la distribution et l’utilisation de l’espace par les individus, les tendances démographiques et la capacité de dispersion ainsi que la caractérisation des pressions anthropiques en lien avec les caractéristiques socio-économiques seront des éléments de connaissance absolument nécessaires pour identifier les causes des déclins de ses populations dans le but final de proposer des mesures concrètes de conservation.

 

Auteur : IBOUROI Mohamed-Thani, Docteur en biodiversité, écologie et conservation

 

 

 



Références citées

Ibouroi, M.T., Cheha, A., Astruc, G., et al. (2018a). A habitat suitability analysis at multi-spatial scale of two sympatric flying fox species reveals the urgent need for conservation action. Biodivers Conserv, 27, 2395–2423. https ://doi.org/10.1007/s1053 1-018-1544-8

Ibouroi, M.T., Cheha, A., Arnal, V., et al. (2018b). The contrasting genetic patterns of two sympatric flying fox species from the Comoros and the implications for conservation. Conserv Genet 19(6),1425–1437. https ://doi.org/10.1007/s1059 2-018-1111-6

Ibouroi, M.T., Dhurham, S.A.O., Besnard, A., Lescureux, N. (2021). Understanding Drivers of Unsustainable Natural Resource Use in the Comoro Islands. Tropical Conservation Science, 0, 1-22. DOI: 10.1177/19400829211032585

Norberg L-UM, Brooke AP, Trewhella WJ (2000) Soaring and non-soaring bats of the family Pteropodidae (flying foxes, Pteropus spp.): wing morphology and flight performance. J Exp Biol 203:651–664

 Trewhella WJ, Rodriguez-Clark KM, Davies JG et al (2001) Sypatric fruit bat species (Chiroptera: Pteropodidae) in the Comoro Islands (Western Indian Ocean): Diurnality, feeding interactions and their conservation implications. Acta Chiropterologica 3:135–147


Tragia furialis

Tragia furialis (Shileni en shimaore, Ampisy en kibushi)

Cette plante pourrait passer inaperçue, mais le randonneur qui s’y frotte ressentira de vives douleurs s’estompant, si tout va bien, au bout d’une heure environ. Il s’en souviendra certainement !

 

Comment la reconnaitre ?

 S’il retourne sur ses pas, il verra une herbacée sans intérêt ou une liane de 1 à 3m avec des petites fleurs blanches (de septembre à juin), avec des feuilles alternes, simples à limbe ovale-lancéolé de 5 à 13 cm de long sur 2 à 6 cm de large, se terminant en pointe et dont la marge est en dents de scie. La tige et les feuilles sont recouvertes de poils blancs. Lorsque vous touchez cette plante, ce sont ces poils blancs qui se plantent dans votre peau et qui injectent un composé douloureux.

 

Qui est-elle ?

C’est une espèce indigène, originaire de l’Afrique Orientale, de Madagascar et des Comores, qui se développe communément dans divers milieux secondarisés. Vous la rencontrerez souvent sur les chemins. Ce n’est pas une urticacée, comme l’Ortie brûlante  « Urtica urens », rencontrée en métropole, mais une euphorbiacée.

 

Ses usages médicinaux :

Nous pourrions à priori, dire que cette plante, appelée aussi ortie mahoraise, est une mauvaise plante, car elle n’est pas sympathique pour les randonneurs.

Nous serions dans l’erreur, car :

-        En pharmacopée traditionnelle, à Madagascar, la décoction de feuilles a des propriétés galactogènes, le jus de feuilles est utilisé sur les furoncles, les feuilles froissées sont utilisées pour les maux de dos et reins et enfin la décoction de l’herbacée entière soigne les piqûres d’araignées.

-        En Tanzanie : les cendres des plantes brûlées, frottées sur la peau soignent les maux de tête.

           Une décoction végétale bue, ou la poudre de racine traitent les morsures de serpent.
Une infusion de feuilles, utilisée comme lavage, soulage l'irritation cutanée causée par les poils piquants des plantes.

 

 

Petit conseil : apprenez à reconnaître l’ortie mahoraise pour ne pas trop gâcher vos randonnées !

 

Bernard ROCHE et Annick FABRE


 


Le poulpe de récif

Le poulpe est capable de mimétisme, il peut changer de forme ou de couleur très rapidement. Le même poulpe de récif pris à 20 secondes d'intervalle.


 Qui est le poulpe de récif? 

Sa tête se signale essentiellement par deux grosses protubérances globuleuses qui abritent les yeux, situés latéralement. Elles sont susceptibles d'être érigées (surveillance, alerte, curiosité), ou au contraire rétractées (stress, camouflage).

Le poulpe de récif est bien présent à Mayotte. C'est un mollusque céphalopode au corps mou à l'exception de son bec en corne. Tête et bras forment le céphalopodium, c'est un corps où les bras semblent directement attachés à la tête.

Son nom d'espèce est Octopus cyanea (nom scientifique depuis 1849 donné par J.E. Gray, un zoologiste britannique). A Mayotte, on le nomme pwedza (en shimaorais); ailleurs on l'appelle zourite (La Réunion, Seychelles), ourite (Maurice, Rodrigues) ou orita à Madagascar.
C'est une espèce présente dans tout l'Océan Indien et le Pacifique, de l’Afrique du Sud à Hawaï, Mer Rouge comprise.


Sa taille totale peut atteindre 1 mètre de longueur pour un poids de 8kg... hélas on ne trouve plus des poulpes de cette taille-là de nos jours.... trop de pêche ?

 

Sa tête se signale essentiellement par deux grosses protubérances globuleuses qui abritent les yeux, situés latéralement. Elles sont susceptibles d'être érigées (surveillance, alerte, curiosité), ou au contraire rétractées (stress, camouflage).
Elles peuvent être lisses ou aussi être surmontées de cirrhes (2) en forme de cornes en cas de stress.

Une large zone circulaire entoure les yeux, elle est ornée par deux séries alternées de cinq bandes (4), les unes foncées et les autres claires, qui rayonnent à partir de l'œil.

Un ocelle ovale (1), pourpre à brun très foncé entouré d'un anneau clair bordé de brun, se trouve sur la membrane brachiale entre les yeux et la base des paires de bras II et III :
ces « faux yeux », qui sont une caractéristique de l'espèce, ne sont pas fréquemment visibles dans la mesure où l'animal peut les faire disparaître à volonté.

Un entonnoir orientable aussi appelé siphon(3) en forme de cône est situé dans cette cavité en partie antéro-ventrale et la dépasse latéralement de l'un ou l'autre côté de l'animal.

 

 

Où trouve-t-on le poulpe de récif ?

L'espèce est benthique : il vit sur le fond du lagon. Parfois proche de la surface sur les platiers récifaux, on peut le trouver jusqu'à 60 mètres de profondeur. On le rencontre sur des substrats très divers : sableux, sablo-vaseux, sablo-détritique, rocheux, dans les herbiers, etc. mais toujours en milieu corallien.

La qualité du récif corallien est important pour trouver les poulpes. Un récif endommagé, piétiné ou envasé va abriter moins de poulpes !

 

Comment se nourrit le poulpe de récif ?
Octopus cyanea se nourrit de crabes et de poissons. Il peut aussi chasser de petites murènes. Il a une activité de jour, mais il se nourrit cependant de préférence au lever et au coucher du soleil. Comme les autres poulpes, il est carnivore dès l'éclosion et occupe une position élevée dans le réseau trophique. C'est un vrai prédateur !

Il chasse en recouvrant un petit récif avec ses tentacules pour en bloquer ses proies ou bien bondi sur un crabe inattentif. La proie est d'abord paralysée par une morsure, la salive du poulpe de récif étant toxique. Le poison développé, appelé céphalotoxine, a un effet paralysant sur les petites proies. Puis la proie est ramenée au terrier, où elle doit être consommée (mais elle peut aussi être consommée sur place, à l'abri des regards sous le corps du poulpe).

Comment se reproduit le poulpe de récif ?

La maturité sexuelle est atteinte vers l'âge de 7 mois (mâles) et 12 mois (femelles). L'espèce se reproduit en toute saison de l'année avec un pic de ponte au début de la saison chaude, et un pic secondaire moins important au milieu de la saison froide.

La ponte des femelles a lieu un mois après l'accouplement. Elle se déroule dans un abri dont la femelle s'efforce de boucher l'entrée. Puis sous la surveillance de la femelle, l'incubation des œufs va durer 20 à 36 jours. La femelle mourra généralement d'épuisement et de faim dans les 10 jours suivant la dernière éclosion. Le mâle entre en sénescence, il vieillit rapidement après la reproduction. Cela se caractérise par une perte progressive d'appétit, des lésions blanches sur le corps, et surtout une perte du contrôle des mouvements du corps.

Et l' intelligence du poulpe ?

Octupus cyanea est un animal remarquablement intelligent. Il a été démontré qu'ils sont capables d'exploration, de réactivité, d'accoutumance, de mémoire, de réactions émotionnelles, d'adaptation à des circonstances nouvelles, de prises de décision, d'apprentissage par association. Ces compétences leur permettent de développer des comportements de résolution de problèmes pouvant aller jusqu'à l'usage d'outils.

 

STEPHANE - LORMANT

 



L'abeille à Mayotte

Le 20 mai 2021 nous fêtions la journée de l'abeille. À cette occasion, nous avons demandé à Michel Tardieu apiculteur consultant à Mayotte de rédiger un article sur les abeilles de Mayotte. L'abeille est petite, discrète mais oh combien essentielle pour notre survie à tous. C'est la raison pour laquelle nous vous invitons à la découvrir ce mois-ci.

 Notre abeille fait partie de l’espèce Apis méllifera, la race étant « unicolor »

Géographiquement « Apis méllifera unicolor »  est présente dans l’ensemble des îles occidentales de l’océan indien mais elle reste en race pure (non métissée) uniquement dans l’archipel des Comores (Mayotte comprise), et ce caractère est à préserver. Actuellement Mayotte est indemne de toutes maladies ou parasitoses apiaires  connues.

 

Son habitat est excessivement variable allant de la ruche construite par l’apiculteur à l’anfractuosité d’un tronc d’arbre ou d’un rocher mais aussi dans les vieux pneus, les carcasses de voitures, réfrigérateur et autres épaves qui malheureusement sont visibles partout sur l’île.

Physiquement elle est plus petite que toutes les autres races d’abeilles  travers le monde, elle se caractérise par une coloration très noire. Même si elle peut se montrer agressive, elle est de nature  craintive, désertant son habitat facilement pour aller s’accrocher  une branche d’arbre ou chercher un autre gîte en cas de dérangement.

 

L’absence de véritable période froide fait qu’elle n’a pas besoin de  stocker énormément de provision,de ce fait les récoltes ( saison des pluies), sont peu abondantes.

 

Prenons soin d’elle car son rôle de pollinisateur est primordial pour la préservation de la biodiversité.

Pour aider l’abeille à Mayotte :

  •  Ne pas détruire les colonies sous pretexte qu’elles vous dérangent, ou pour récupérer du miel ; appeler un apiculteur ( association Ngisi Ya Nyoshi)

  •  Éviter toute utilisation de produits phytosanitaires,

  •  Respecter l’environnement.

Attention : plus d’abeilles plus de mangues , litchis, avocats, courgettes, concombres   , miel, ect

 

Michel Tardieu - Consultant et expert en apiculture

 

 


 

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