Le renard volant de Mayotte

 Photos : A gauche : IBOUROI Mohamed-Thani à droite Adrien LEUZAD  

 

 Biologie de l’espèce

Classé parmi les espèces emblématiques de l’île, le renard volant (la roussette) de Mayotte (Pteropus seychellensis comorensis) est une espèce de chauve-souris géante appartenant au groupe des Mégachiroptères. Elle est classée parmi les renards volants de grande taille au monde avec une envergure allant jusqu’à 1,2 m et une masse moyenne variant entre 400 et 600 g. Le renard volant de Mayotte présente une répartition géographique large et peut nicher dans différents types d’habitats, notamment dans des zones agricoles, dans des zones habitées, dans des forêts fortement anthropisées et fragmentées mais aussi dans des forêts naturelles de haute altitude de Mayotte. Cette espèce est aussi distribuée dans les trois îles de l’Union des Comores ainsi que dans l’île Mafia en Tanzanie. Dans l’île Mafia, l’espèce a été certainement introduite par l’Homme.

 

Il s’agit d’une espèce crépusculaire très active pendant la nuit. Pendant le jour, les individus se reposent dans des dortoirs (grands arbres) formant des colonies pouvant atteindre 600 individus (Ibouroi et al. 2018a). Cependant, les individus de cette espèce peuvent également être observés en train de voler quelques heures (deux à trois heures) avant le coucher du soleil.

 

La roussette de Mayotte est caractérisée par un régime alimentaire à base de fruits dont les plus communs sont les fruits de papayers (Carica papaya, Caricaceae), de manguiers (Mangifera indica, Anacardiaceae), de letchis (Litchi chinensis, Sapindaceae), de tamariniers (Tamarindus indica, Fabaceae), de jacquiers (Artocarpus heterophyllus, Moraceae), de badamiers (Terminalia catappa, Combretaceae), de bananiers (Musa sp., Musaceae), de kapokiers (Ceiba pentandra, Malvaceae) etc. Elles se nourrissent donc de plantes majoritairement cultivées par l’homme (espèces de plantes introduites à Mayotte et aux Comores, Trewhella et al. 2001). Ce régime alimentaire est complété par des pollens et de la sève.

 

Dans la nature, les individus de la roussette de Mayotte se reproduisent une fois par an. Les accouplements ont lieu généralement entre le mois d’avril et le mois de juin selon Trewhella et al. (1995). Après une période de gestation de 150 jours, les naissances ont lieu généralement entre septembre et novembre. Les femelles donnent naissance à un jeune par an. Les individus arrivent à maturité sexuelle généralement entre un an et demi et deux ans toujours selon Trewhella et al. (1995). Pour cette espèce, peu d’informations sur les tendances démographiques de sa population sont connues; on ne connait ni le taux de natalité, ni le taux de mortalité et ni même l’espérance de vie de l’espèce dans la nature. La taille des populations de l’espèce est estimée à quelques dizaines de milliers d’individus dans la nature selon Ibouroi et al. (2018a). Le renard volant de Mayotte est classé en statut de « préoccupation mineure » dans la liste rouge de l’Union International pour la Conservation de Nature (UICN).  


 Service écosystémique et menaces sur l’espèce

Le renard volant de Mayotte joue un rôle crucial dans la pollinisation des plantes et dans la dispersion des graines et, est donc d'une importance capitale pour la régénération des écosystèmes naturels de Mayotte. Grace à ses mouvements de longue distance entre ses gites (dortoirs) et ses sites d’alimentation (Norberg et al. 2000), mais aussi grâce à sa masse corporelle importante (600 g), lui permettant de pouvoir transporter des graines de grandes tailles, l’espèce renforce la connectivité entre les fragments forestiers. Elle permet donc le maintien de flux de gênes et donc de la diversité génétique des espèces de faune et de flore les plus vulnérables et menacées par la perte d’habitats naturels dans l’île.


 

Le renard volant de Mayotte peut être donc considéré comme une espèce « parapluie » pour la biodiversité de Mayotte. Malgré son importance dans le service écosystémique, le renard volant de Mayotte est soumis à de fortes pressions anthropiques telles que la destruction de ses dortoirs, la perte et la fragmentation de ses habitats mais aussi à une forte pression de chasse (Ibouroi et al. 2021). L’espèce fait face à l'un des taux de perte d'habitats naturels les plus élevés au monde (Ibouroi et al. 2018a). Malgré sa distribution géographique large et sa taille des population élevée, sa diversité génétique est très faible selon Ibouroi et al. (2018b). Cette diversité génétique faible rend l’espèce très sensible aux perturbations des habitats à travers des mécanismes de consanguinités, de dérive génétique ou d’effet Allee. Etant un taxon relativement longévif, le renard volant de Mayotte présente aussi une dynamique de population lente avec une faible capacité de récupération après perturbation, ce qui amplifie encore plus sa vulnérabilité face aux perturbations d’habitats.

 

Stratégies de conservation

Bien que des stratégies de conservation pour cette espèce de Mayotte soient évoquées depuis plusieurs années par les institutions de conservation, ces initiatives restent en général cantonnées à des documents administratifs et ne déclenchent aucune action concrète sur le terrain. Le manque de politique de conservation pour l’espèce est probablement lié à un manque d’études scientifiques publiées en comparaison avec ce qui est mené par exemple à la Réunion pour son congénère, la roussette noire des Mascareignes (Pteropus niger). Ce manque de stratégie concrète de conservation pour l’espèce est peut-être aussi lié à sa distribution géographique large (ce qui a conduit l’UICN à classer l’espèce en statut de « préoccupation mineure »). Cependant, sa distribution dans des zones hautement anthropisées apparaît comme un facteur de risque majeur pour l’espèce. En effet, les menaces liées aux coupes d’arbres abritant ses dortoirs s’ajoutent à une pression de chasse sur l’espèce probablement non-négligeable. La bonne adaptation aux habitats anthropisés qui apparaît initialement comme un atout pour cette espèce, la rend de ce fait très dépendante des évolutions des activités humaines. En effet, les habitats que cette espèce occupe, peuvent changer très rapidement en fonction des contraintes socio-économiques subies par la population humaine rurale (changement de pratiques agricoles, besoin en bois…) et avoir des conséquences rapidement dramatiques pour cette espèce (Ibouroi et al. 2018b). Enfin, sa diversité génétique faible, évaluée par Ibouroi et al. (2018b), implique que l’espèce pourrait avoir un potentiel adaptatif faible et les destructions et changements de son habitat pourraient entrainer des chutes brusques de ses populations voire même l’extinction de l’espèce vu sa faible capacité de récupération après perturbations. Des informations sur la distribution et l’utilisation de l’espace par les individus, les tendances démographiques et la capacité de dispersion ainsi que la caractérisation des pressions anthropiques en lien avec les caractéristiques socio-économiques seront des éléments de connaissance absolument nécessaires pour identifier les causes des déclins de ses populations dans le but final de proposer des mesures concrètes de conservation.


Auteur : IBOUROI Mohamed-Thani, Docteur en biodiversité, écologie et conservation

 

 

 



Références citées

Ibouroi, M.T., Cheha, A., Astruc, G., et al. (2018a). A habitat suitability analysis at multi-spatial scale of two sympatric flying fox species reveals the urgent need for conservation action. Biodivers Conserv, 27, 2395–2423. https ://doi.org/10.1007/s1053 1-018-1544-8

Ibouroi, M.T., Cheha, A., Arnal, V., et al. (2018b). The contrasting genetic patterns of two sympatric flying fox species from the Comoros and the implications for conservation. Conserv Genet 19(6),1425–1437. https ://doi.org/10.1007/s1059 2-018-1111-6

Ibouroi, M.T., Dhurham, S.A.O., Besnard, A., Lescureux, N. (2021). Understanding Drivers of Unsustainable Natural Resource Use in the Comoro Islands. Tropical Conservation Science, 0, 1-22. DOI: 10.1177/19400829211032585

Norberg L-UM, Brooke AP, Trewhella WJ (2000) Soaring and non-soaring bats of the family Pteropodidae (flying foxes, Pteropus spp.): wing morphology and flight performance. J Exp Biol 203:651–664

 

 

Trewhella WJ, Rodriguez-Clark KM, Davies JG et al (2001) Sypatric fruit bat species (Chiroptera: Pteropodidae) in the Comoro Islands (Western Indian Ocean): Diurnality, feeding interactions and their conservation implications. Acta Chiropterologica 3:135–147


Tragia furialis

Tragia furialis (Shileni en shimaore, Ampisy en kibushi)

Cette plante pourrait passer inaperçue, mais le randonneur qui s’y frotte ressentira de vives douleurs s’estompant, si tout va bien, au bout d’une heure environ. Il s’en souviendra certainement !

 

Comment la reconnaitre ?

 S’il retourne sur ses pas, il verra une herbacée sans intérêt ou une liane de 1 à 3m avec des petites fleurs blanches (de septembre à juin), avec des feuilles alternes, simples à limbe ovale-lancéolé de 5 à 13 cm de long sur 2 à 6 cm de large, se terminant en pointe et dont la marge est en dents de scie. La tige et les feuilles sont recouvertes de poils blancs. Lorsque vous touchez cette plante, ce sont ces poils blancs qui se plantent dans votre peau et qui injectent un composé douloureux.

 

Qui est-elle ?

C’est une espèce indigène, originaire de l’Afrique Orientale, de Madagascar et des Comores, qui se développe communément dans divers milieux secondarisés. Vous la rencontrerez souvent sur les chemins. Ce n’est pas une urticacée, comme l’Ortie brûlante  « Urtica urens », rencontrée en métropole, mais une euphorbiacée.

 

Ses usages médicinaux :

Nous pourrions à priori, dire que cette plante, appelée aussi ortie mahoraise, est une mauvaise plante, car elle n’est pas sympathique pour les randonneurs.

Nous serions dans l’erreur, car :

-        En pharmacopée traditionnelle, à Madagascar, la décoction de feuilles a des propriétés galactogènes, le jus de feuilles est utilisé sur les furoncles, les feuilles froissées sont utilisées pour les maux de dos et reins et enfin la décoction de l’herbacée entière soigne les piqûres d’araignées.

-        En Tanzanie : les cendres des plantes brûlées, frottées sur la peau soignent les maux de tête.

           Une décoction végétale bue, ou la poudre de racine traitent les morsures de serpent.
Une infusion de feuilles, utilisée comme lavage, soulage l'irritation cutanée causée par les poils piquants des plantes.

 

 

Petit conseil : apprenez à reconnaître l’ortie mahoraise pour ne pas trop gâcher vos randonnées !

 

Bernard ROCHE et Annick FABRE


 


Le poulpe de récif

Le poulpe est capable de mimétisme, il peut changer de forme ou de couleur très rapidement. Le même poulpe de récif pris à 20 secondes d'intervalle.


 Qui est le poulpe de récif? 

Sa tête se signale essentiellement par deux grosses protubérances globuleuses qui abritent les yeux, situés latéralement. Elles sont susceptibles d'être érigées (surveillance, alerte, curiosité), ou au contraire rétractées (stress, camouflage).

Le poulpe de récif est bien présent à Mayotte. C'est un mollusque céphalopode au corps mou à l'exception de son bec en corne. Tête et bras forment le céphalopodium, c'est un corps où les bras semblent directement attachés à la tête.

Son nom d'espèce est Octopus cyanea (nom scientifique depuis 1849 donné par J.E. Gray, un zoologiste britannique). A Mayotte, on le nomme pwedza (en shimaorais); ailleurs on l'appelle zourite (La Réunion, Seychelles), ourite (Maurice, Rodrigues) ou orita à Madagascar.
C'est une espèce présente dans tout l'Océan Indien et le Pacifique, de l’Afrique du Sud à Hawaï, Mer Rouge comprise.


Sa taille totale peut atteindre 1 mètre de longueur pour un poids de 8kg... hélas on ne trouve plus des poulpes de cette taille-là de nos jours.... trop de pêche ?

 

Sa tête se signale essentiellement par deux grosses protubérances globuleuses qui abritent les yeux, situés latéralement. Elles sont susceptibles d'être érigées (surveillance, alerte, curiosité), ou au contraire rétractées (stress, camouflage).
Elles peuvent être lisses ou aussi être surmontées de cirrhes (2) en forme de cornes en cas de stress.

Une large zone circulaire entoure les yeux, elle est ornée par deux séries alternées de cinq bandes (4), les unes foncées et les autres claires, qui rayonnent à partir de l'œil.

Un ocelle ovale (1), pourpre à brun très foncé entouré d'un anneau clair bordé de brun, se trouve sur la membrane brachiale entre les yeux et la base des paires de bras II et III :
ces « faux yeux », qui sont une caractéristique de l'espèce, ne sont pas fréquemment visibles dans la mesure où l'animal peut les faire disparaître à volonté.

Un entonnoir orientable aussi appelé siphon(3) en forme de cône est situé dans cette cavité en partie antéro-ventrale et la dépasse latéralement de l'un ou l'autre côté de l'animal.

 

 

Où trouve-t-on le poulpe de récif ?

L'espèce est benthique : il vit sur le fond du lagon. Parfois proche de la surface sur les platiers récifaux, on peut le trouver jusqu'à 60 mètres de profondeur. On le rencontre sur des substrats très divers : sableux, sablo-vaseux, sablo-détritique, rocheux, dans les herbiers, etc. mais toujours en milieu corallien.

La qualité du récif corallien est important pour trouver les poulpes. Un récif endommagé, piétiné ou envasé va abriter moins de poulpes !

 

Comment se nourrit le poulpe de récif ?
Octopus cyanea se nourrit de crabes et de poissons. Il peut aussi chasser de petites murènes. Il a une activité de jour, mais il se nourrit cependant de préférence au lever et au coucher du soleil. Comme les autres poulpes, il est carnivore dès l'éclosion et occupe une position élevée dans le réseau trophique. C'est un vrai prédateur !

Il chasse en recouvrant un petit récif avec ses tentacules pour en bloquer ses proies ou bien bondi sur un crabe inattentif. La proie est d'abord paralysée par une morsure, la salive du poulpe de récif étant toxique. Le poison développé, appelé céphalotoxine, a un effet paralysant sur les petites proies. Puis la proie est ramenée au terrier, où elle doit être consommée (mais elle peut aussi être consommée sur place, à l'abri des regards sous le corps du poulpe).

Comment se reproduit le poulpe de récif ?

La maturité sexuelle est atteinte vers l'âge de 7 mois (mâles) et 12 mois (femelles). L'espèce se reproduit en toute saison de l'année avec un pic de ponte au début de la saison chaude, et un pic secondaire moins important au milieu de la saison froide.

La ponte des femelles a lieu un mois après l'accouplement. Elle se déroule dans un abri dont la femelle s'efforce de boucher l'entrée. Puis sous la surveillance de la femelle, l'incubation des œufs va durer 20 à 36 jours. La femelle mourra généralement d'épuisement et de faim dans les 10 jours suivant la dernière éclosion. Le mâle entre en sénescence, il vieillit rapidement après la reproduction. Cela se caractérise par une perte progressive d'appétit, des lésions blanches sur le corps, et surtout une perte du contrôle des mouvements du corps.

Et l' intelligence du poulpe ?

Octupus cyanea est un animal remarquablement intelligent. Il a été démontré qu'ils sont capables d'exploration, de réactivité, d'accoutumance, de mémoire, de réactions émotionnelles, d'adaptation à des circonstances nouvelles, de prises de décision, d'apprentissage par association. Ces compétences leur permettent de développer des comportements de résolution de problèmes pouvant aller jusqu'à l'usage d'outils.

 

STEPHANE - LORMANT

 



L'abeille à Mayotte

Le 20 mai 2021 nous fêtions la journée de l'abeille. À cette occasion, nous avons demandé à Michel Tardieu apiculteur consultant à Mayotte de rédiger un article sur les abeilles de Mayotte. L'abeille est petite, discrète mais oh combien essentielle pour notre survie à tous. C'est la raison pour laquelle nous vous invitons à la découvrir ce mois-ci.

 Notre abeille fait partie de l’espèce Apis méllifera, la race étant « unicolor »

Géographiquement « Apis méllifera unicolor »  est présente dans l’ensemble des îles occidentales de l’océan indien mais elle reste en race pure (non métissée) uniquement dans l’archipel des Comores (Mayotte comprise), et ce caractère est à préserver. Actuellement Mayotte est indemne de toutes maladies ou parasitoses apiaires  connues.

 

Son habitat est excessivement variable allant de la ruche construite par l’apiculteur à l’anfractuosité d’un tronc d’arbre ou d’un rocher mais aussi dans les vieux pneus, les carcasses de voitures, réfrigérateur et autres épaves qui malheureusement sont visibles partout sur l’île.

Physiquement elle est plus petite que toutes les autres races d’abeilles  travers le monde, elle se caractérise par une coloration très noire. Même si elle peut se montrer agressive, elle est de nature  craintive, désertant son habitat facilement pour aller s’accrocher  une branche d’arbre ou chercher un autre gîte en cas de dérangement.

 

L’absence de véritable période froide fait qu’elle n’a pas besoin de  stocker énormément de provision,de ce fait les récoltes ( saison des pluies), sont peu abondantes.

 

Prenons soin d’elle car son rôle de pollinisateur est primordial pour la préservation de la biodiversité.

Pour aider l’abeille à Mayotte :

  •  Ne pas détruire les colonies sous pretexte qu’elles vous dérangent, ou pour récupérer du miel ; appeler un apiculteur ( association Ngisi Ya Nyoshi)

  •  Éviter toute utilisation de produits phytosanitaires,

  •  Respecter l’environnement.

Attention : plus d’abeilles plus de mangues , litchis, avocats, courgettes, concombres   , miel, ect

 

Michel Tardieu - Consultant et expert en apiculture

 

 


 

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